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Maison historique Antoine-Lacombe et ses jardins

Étude architecturale de la Maison Antoine-Lacombe et évolution de l'aménagement du site

Cette seconde partie de la présente étude vise à améliorer les connaissances sur l’architecture de la Maison Antoine-Lacombe et sur l’aménagement de son site. Celle-ci se divise en quatre sections. Dans un premier temps, on procédera à une brève description du bâtiment et de son site tel qu’il se présente aujourd’hui. Puis, à partir de sources archivistiques et orales, on retracera l’évolution tant de l’architecture de la maison que de l’aménagement du site. Enfin, on situera la Maison Antoine-Lacombe dans la production architecturale de son époque.

Description du bâtiment et du site en 1994

La Maison Antoine-Lacombe s’élève sur son carré de pierres originel faisant 33 pieds 6 pouces de façade par 29 pieds 6 pouces de profondeur. Les fondations s’enfoncent à environ quatre pieds sous terre et excèdent du sol d’environ deux pieds. Un remblai de sable de deux pieds de haut masque la partie inférieure intérieure des fondations.

Les murs de maçonnerie portante sont en pierres; l’épaisseur en varie selon qu’il s’agit des murs avant et arrière (un pied six pouces) ou des murs latéraux (deux pieds). De taille grossière, les pierres ont été posées selon un appareil à assises relativement régulières sur trois des murs (façade, arrière, mur est) alors que les pierres du mur latéral ouest sont appareillées sans grand souci d’alignement.

Des poutres en bois fichées dans les murs avant et arrière constituent la charpente du bâtiment. On constate curieusement un nombre inégal de poutres et leur non-alignement d’un niveau à l’autre. La charpente du toit est de facture très simple; les formes se composent de chevrons et d’un entrait sans aucune autre pièce de renforcement.

À deux versants égaux, le toit se prolonge d’un larmier de quelque deux pieds à l’avant et à l’arrière du bâtiment; on note également un léger débordement sur les murs latéraux afin de protéger ceux-ci des intempéries. La toiture est recouverte de bardeaux de cèdre tout comme le toit des lucarnes.

Le bâtiment compte deux cheminées doubles en pierres placées en vis-à-vis au faîte du toit; chacune d’elle comporte toutefois une souche menteuse (souche arrière sur le mur ouest, souche avant sur le mur est). Les cheminées sont un prolongement des murs latéraux et excèdent vers l’intérieur d’environ dix-huit pouces.

Les quatre faces du bâtiment sont percées d’ouvertures. On remarque la symétrie presque parfaite de l’ordonnance des ouvertures au rez-de-chaussée en façade et à l’arrière ainsi qu’à l’étage en façade et sur le mur latéral est. Toutefois, les ouvertures ne suivent pas d’alignement d’un niveau à l’autre.

La porte en façade possède un double vantail à petits carreaux alors que la porte arrière est simple avec imposte rectangulaire. Toutes les fenêtres sont du même modèle, soit à la française à petits carreaux. Les encadrements de toutes ces ouvertures sont en bois moulurés avec allèges se résumant à une simple planche de bois. Les lucarnes sont de type à pignon avec encadrements similaires à celui des fenêtres. Deux soupiraux percent les murs latéraux et une entrée de cave couverte à deux panneaux est située sur le mur arrière .

À l’avant, on retrouve un court perron dénudé en pierres de maçonnerie alors qu’à l’arrière, une galerie en bois relie les entrées de la maison et de l’appentis. L’ornementation de la maison se résume aux encadrements des ouvertures et à la pose en éventail des pierres au-dessus de la majorité des ouvertures.

Passons maintenant à l’intérieur de la Maison Antoine-Lacombe et pénétrons-y par l’entrée principale d’origine, soit par la façade sud. Le rez-de-chaussée se compose de quatre pièces toutes reliées les unes aux autres. D’aménagement récent, la cuisine loge dans l’angle nord-ouest alors que les trois autres pièces servent de lieu d’exposition et de bureau d'accueil. Partant de la pièce située au nord-est, un escalier à palier donne accès à l’étage où l’on retrouve une aire d’exposition, un bureau, un espace de rangement et un cabinet de toilette. Dans la partie ouest, on a aménagé un espace de rangement entre les entraits et la toiture auquel on accède par une échelle de meunier. La cave ne comporte aucune division.

Tant au rez-de-chaussée qu’à l’étage, les planchers sont faits de larges planches de pin qui, au rez-de-chaussée, sont aujourd’hui recouvertes de tapis. Le plafond du rez-de-chaussée est réalisé en planches d’une dizaine de pouces réunies sous tringles de bois; les poutres sont laissées apparentes et garnies de moulures. À l’étage, un nouveau revêtement en planches isole la toiture tout en laissant visibles les pièces de la charpente.

Les murs extérieurs de maçonnerie sont simplement crépis alors que les cloisons (au rez-de-chaussée) sont vraisemblablement réalisées en plâtre sur lattes. Les deux foyers sont encadrés de linteau et jambages en pierres de taille et sont fermés par des portes en fonte. Celui situé dans la pièce sud-ouest est de plus surmonté d’un tablette en bois mouluré .

Dans la pièce nord-est, on retrouve une grande armoire ainsi qu’une petite armoire encastrée dans la maçonne du mur nord; la première est fermée d’une simple porte en planches à double vantaux et la seconde comporte une porte à un seul vantail orné de deux panneaux. Dans la pièce sud-est, une troisième armoire encastrée complète le mobilier fixe; la partie supérieure comporte deux vantaux vitrés alors que la partie inférieure est fermée de deux panneaux en bois. Tous les éléments de ferronnerie sont d’époque.

Les deux portes reliant les pièces avant aux pièces arrière ainsi que la porte accédant à la cave sont de même facture, soit en bois à panneaux, mais de modèle légèrement différent, l’une comportant quatre panneaux, les deux autres, six. La porte intérieure de l’entrée en façade présente une face intérieure sensiblement de même nature avec une partie supérieure vitrée alors que la face extérieure est pour le moins surchargée de motifs décoratifs. À l’exception de la porte de la cave, ces portes possèdent des encadrements similaires à multiples moulures. Ce même type d’encadrement se retrouve dans les autres ouvertures aujourd’hui dépourvues de portes. Enfin la porte intérieure de l’entrée arrière est identique à la porte extérieure.

Tous les châssis des fenêtres sont à petits carreaux avec éléments de ferronnerie d’époque. L’embrasure en est simplement crépie avec tablette en planches, tantôt de profondeur moindre que le mur de maçonnerie (rez-de-chaussée), tantôt de profondeur équivalente (étage, murs latéraux).

Comme autres éléments de boiserie, on note des appuie chaises dans les deux pièces en façade; ceux-ci courent sur les murs extérieurs dans le prolongement des tablettes de fenêtres. Une plinthe haute de huit pouces et de facture très simple orne la base de tous les murs et cloisons au rez-de-chaussée. Dans la pièce nord-est, on retrouve l’escalier à balustrade ouvragé qui se prolonge à l’étage. Enfin, jouxtant le foyer de la pièce sud-ouest, le mur s’orne de panneaux de boiserie dont la date de réalisation et la fonction nous demeurent inconnus.

Le chauffage est assuré un système central à air chaud alimenté par une fournaise au mazout alors que le puits creusé dans la cave même sert toujours à l’alimentation en eau.

L’appentis de la Maison Antoine-Lacombe est de construction beaucoup plus rudimentaire. De forme rectangulaire, le bâtiment comporte une charpente de bois avec revêtement de planches en déclin. Le toit à deux versants est recouvert d’une toiture de tôle à baguette qui n’excède que de quelques pouces l’alignement des murs; la charpente du toit n’a pu être visitée faute d’accès. Sur le faîte du toit, légèrement en retrait du mur ouest, on retrouve une cheminée simple en briques.

Le bâtiment ne possède en fait que trois faces complètes, le mur est étant accolé en grande partie à la maison. Le rez-de-chaussée est percé d’ouvertures en façade, à l’arrière et sur la portion dégagée du mur est, alors que l’étage compte deux seules ouvertures sur le mur ouest.

La porte à l’arrière est en bois à quatre panneaux à battant simple; à l’avant, l’ouverture a été agrandie puis ramenée à ses proportions initiales par la pose d’un panneau et d’une porte de facture récente. Les fenêtres sont de modèle à la française; au rez-de-chaussée, celle-ci sont à petits carreaux alors qu’à l’étage, il s’agit d’un modèle à six grands carreaux. Les encadrements de ces ouvertures sont réalisés en simples planches.

À l’intérieur, le rez-de-chaussée comporte une seule pièce alors qu’on en compte deux à l’étage. Au rez-de-chaussée, la finition comporte les éléments suivants: planchers faits de larges planches de pin, murs également de planches posées tantôt verticalement, tantôt horizontalement, plafonds de planchettes. À l’étage, le tout a été réalisé en planchettes.

Tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, l’appentis ne présente aucune ornementation.

Le site comporte aujourd'hui une remise des jardiniers, érigée en 2002 au sud-ouest de la maison, construite de planches à déclins. De magnifiques jardins anglais et français entourent le bâtiment. L'accès à la maison se fait par une rue située au nord du terrain de sorte qu'il est désormais d'usage d'entrer par l'arrière du bâtiment.

Évolution architecturale de la Maison Antoine-Lacombe

Retracer l’évolution architecturale de la Maison Antoine-Lacombe relève en partie de la spéculation puisque les documents archivistiques s’y rapportant sont rares. Nous ne possédons qu’un seul marché de construction concernant exclusivement les travaux de maçonnerie (notaire J.O. Leblanc, 2 juin 1847, no 5716). Tous les autres travaux exécutés à ce moment ou ultérieurement ne semblent pas avoir fait l’objet d’actes notariés.

Du côté des sources orales, l’impossibilité de rencontrer les membres de la famille Berenstein-Schwartzmann nous prive de ce qui aurait été le témoignage le plus pertinent, la famille ayant habité la maison sur près de quarante ans. Fort heureusement, monsieur Serge Joyal a pu fournir plusieurs renseignements non seulement sur l’état de la maison à son arrivée mais également sur les traces de travaux antérieurs à son arrivée.

Au marché de construction de 1847, on précise les dimensions du carré de pierre et force nous est de constater que l’appentis ne fait pas partie des plans initiaux. Les pierres utilisées devront être « d’épaisseur semblable au devant du Collège » (aujourd’hui démoli) et nulle mention n’est faite de crépi. Pour l’intérieur, il est question de quatre appartements en colombage réalisée avec des lattes fournies par Lacombe; la présence d’armoires dans la pièce nord-est indique assurément que celle-ci servait de cuisine. Les murs intérieurs sont recouverts d’enduits à peinture. Les combles ne sont alors pas habités et on y accède par une échelle de meunier prenant pied dans la pièce sud-est. Selon les constatations de monsieur Joyal pendant les travaux de restauration, la toiture présentait le même profil qu’aujourd’hui avec une couverture de bardeaux de cèdre.

Au fil des ans, plusieurs transformations ont cours mais malheureusement, il est impossible de les dater avec assurance, faute de témoignages écrits. L’un des premiers travaux fut sans nul doute la construction de l’appentis dont la toiture en tôle baguettée est typique de la fin du dix-neuvième siècle. Probablement vers la même époque, la toiture de bardeaux de la maison est remplacée par une couverture également en tôle baguettée.

Dans l’esprit victorien qui caractérise le tournant du siècle, on camoufle la pierre sous un enduit de ciment imitant la pierre taillée, on décore les cheminées d’une dentelle de tôle et on ajoute une galerie courant sur trois façades du bâtiment (sud, est, nord). La pose d’un toit à la galerie oblige à modifier la courbe du larmier. Au fur et à mesure de la nécessité, on remplace les fenêtres d’origine par des fenêtres à six carreaux.

À l’intérieur, on installe un cabinet de toilette dans la cuisine à côté de la porte d’entrée. Le plancher du rez-de-chaussée est recouvert de planches de bois franc. À l’étage des combles, un plafond réalisé en lattes de cèdre clouées aux poutres, des cloisons et des revêtements de sol de type prélart permettent l’aménagement de quatre pièces supplémentaires. Les foyers sont murés et on utilise désormais un poêle à bois situé dans la cuisine.

C’est sensiblement dans cet état que Joyal trouvera la maison lors de son acquisitions en 1965. Désirant réaliser une restauration selon les règles de l’art, Joyal prend conseil auprès du père Wilfrid Corbeil; on s’entend alors pour redonner à la maison son apparence initiale excluant ainsi toute modification ayant pu l’affecter au cours de son histoire. Ce fut là le concept qui a guidé les travaux.

Les fondations et la charpente étant en bon tant, celles-ci ne nécessitent pas de travaux. Après avoir enlevé les quelques plaques de ciment encore présentes, on procède au rejointage de la maçonnerie des murs qu’on laisse à nu. Le revêtement de toiture en tôle en baguette est enlevé et l’on revient au matériau initial, soit le bardeau de cèdre. Le larmier qui avait été tronqué est refait et on débarrasse les chemisées de leurs décorations de tôle.

Le nombre et la disposition des ouvertures étant inchangés, on se contente de remplacer les cadres extérieurs en prônant modèle sur une section d’origine toujours en place et de poser de nouvelles fenêtres à petits carreaux. Les lucarnes sont remplacées par des reproductions fidèles. La galerie et son toit qui ceinturent le bâtiment sont démantelés et l’on prend soin d’en conserver les barreaux de la balustrade; en façade sud, on reconstruit un simple perron en pierres alors qu’en façade nord, une longue galerie à balustrade relie maison et appentis.

À l’intérieur, on démolit la toilette installée dans la cuisine d’origine. L’escalier de meunier menant aux combles est remplacé par un escalier à palier prenant pied dans cette dernière pièce; les barreaux récupérés de la galerie extérieure sont réutilisés pour la balustrade. Dans la pièce nord-ouest, on aménage une cuisine correspondant aux normes contemporaines. À l’étage, plafond, cloisons et recouvrement de plancher des quatre pièces alors existantes sont complètement démantelés; on y aménage une petite pièce fermée, une salle de bain et une pièce de rangement ainsi qu’une petite mezzanine prenant appui sur la charpente du toit.

En terme de finition intérieure, la liste des travaux est longue : enlèvement du plancher de bois franc et récurage du plafond au rez-de-chaussée, réfection des revêtements des murs et cloisons, remplacement des boiseries manquantes. Les portes intérieures sont remplacées par des portes trouvées chez les antiquaires alors que les portes des deux armoires de la cuisine sont refaites.

Le poêle à bois est retiré de la cuisine et on remet en état les deux foyers. L’installation électrique est refaite et l’on ajoute un « boudin » autour du puits de la cave pour créer un réservoir.

L’appentis nécessite moins de travaux. La toiture de tôle est repeinte et un nouveau revêtement de planches à déclin est apposé sur les murs extérieurs. L’intérieur est laissé intact.

Monsieur Serge Joyal prendra trois ans à compléter tous ces travaux avec l’aide du père Wilfrid Corbeil et des artisans locaux. Au terme de ceux-ci, la maison aura retrouvé son allure originelle. Il faut toutefois remarquer que plusieurs éléments sont des répliques tels les fenêtres et leur ferronnerie, les lucarnes, certaines moulures et portes d’armoires. La configuration initiale des pièces du rez-de-chaussée est également légèrement altérée par le déplacement de l’escalier menant aux combles alors que l’aménagement de l’étage a été complètement repensé. Enfin, certains éléments, tels les portes, ont été empruntés à des bâtiments de la même époque.

Apparemment peu de travaux sont réalisés après le départ de monsieur Joyal en 1979. Malheureusement, nous n’avons pu retracer la propriétaire subséquente, madame Françoise Tardif-Talbot, qui habite la maison jusqu’en 1986; toutefois une comparaison entre l’état actuel de la maison et la description que nous en faite monsieur Joyal laisse supposer que celle-ci n’a apporté aucun changement majeur au bâtiment. Quant au propriétaire suivant, monsieur Yvon Roy nous a fait part des travaux mineurs suivants : réfection du plâtre dans la pièce sud-est, peinture de tous les murs et cloisons, élargissement de la porte sud de l’appentis.

Évolution de l'aménagement du site

À l’arrière de la maison (au nord), deux bâtiments de ferme sont situés en bordure de ce qui deviendra la rue actuelle. L’un de ceux-ci datait des débuts de la Maison Antoine-Lacombe puisque dès 1848, il est fait mention sur le site, outre la maison en pierre, « d’une grange et d’autres bâtiments » (notaire J.O. Leblanc, 26 février 1848, numéro non précisé). La seconde aurait été plus récente puisqu’il faut attendre en 1875 pour qu’on retrouve la mention « d’une grange, d’une étable et d’autres bâtiments » (notaire D. Desaunier et Vézina, 5 mai 1875, no 1052).

Lorsque Joyal fait l’acquisition de la maison en 1965, les deux bâtiments existent toujours mais ne font pas partie de la transaction entre Joyal et les Berenstein-Schwartzmann. La première grange à l’ouest aurait été démolie par Schwartzmann lui-même peu de temps après l’arrivée de Joyal alors que la seconde grange à l’est l’aurait été plus tardivement, soit après 1979.

Lors de l’acquisition de la propriété par Joyal, il existe également deux petits bâtiments servant de remise à l’avant de la maison, soit au sud-ouest, tombant en désuétude; ceux-ci sont aussitôt démolis.

Outre ces bâtiments de ferme, les alentours de la Maison Antoine-Lacombe étaient parsemés d’une quarantaine de petits chalets ou cabanons que les Berenstein-Schwartzmann ont érigés vers 1930. De construction très rudimentaires, il n’en reste plus que quelques-uns lorsque Joyal achète le site; celui-ci démolit les derniers peu après son arrivée.

Les aménagements paysagers ont, à cette époque, été réalisés par Joyal. À son arrivée, ceux-ci se limitaient à trois rangées de peupliers de Lombardie en façade de la maison; trop âgés et irrécupérables, ces arbres ont dû être coupés par Joyal.

Initialement, on accédait à la maison par le « chemin de front » du deuxième rang, lequel était situé au sud de la maison à la limite des lots 297 et 298. Puis lorsque les Berenstein-Schwartzmann font ériger les chalets, on repousse le chemin d’accès vers le sud afin de ceinturer l’ensemble des bâtiments. Vers 1960, ce chemin est laissé à l’abandon et on accède désormais à la maison par l’arrière; la nouvelle voie d’accès s’inscrit alors entre la maison et les bâtiments de ferme. Avec le développement du projet domiciliaire, cette voie est prolongée vers l’intérieur de la terre et devient la rue Dalcourt; en 1986, Yvon Roy, alors propriétaire de la Maison Antoine-Lacombe, aménage l’aire de stationnement situé à l’arrière de la maison.

La Maison Antoine-Lacombe et la production architecturale de son époque

Afin de situer la Maison Antoine-Lacombe dans la production architecturale de son époque, on débutera par une brève description des caractéristiques de l’ensemble architectural auquel elle se rattache, soit la maison rurale de la région montréalaise au milieu du 19e siècle.

Les carrés de maison dans la région montréalaise sont généralement de forme rectangulaire presque carrée. D’une épaisseur de deux à trois pieds, les fondations de pierre s’enfouissent en sous-sol de quatre à cinq pieds alors qu’elles se dégagent du sol d’à peine deux pieds. Le plus souvent, la cave se limite à un espace de rampage avec une section servant de caveau à légumes; la présence d’un puits est relativement courante. On accède à la cave par une trappe intérieure et la mode des entrées de cave se généralise. Des soupiraux assurent l’aération et un minimum d’éclairage.

Les murs de maçonnerie de pierres sont de facture différente selon qu’il s’agit de la façade ou des autres surfaces. Les murs de façade sont de moellons grossièrement équarris posés selon un appareillage tendant vers la régularité et formant chaînage aux angles alors que les autres murs sont de moellons bruts noyés dans le mortier. On a souvent coutume de crépir la muraille.

Le toit à deux versants présente une pente douce d’environ 45 degrés d’angle et la pratique des larmiers débordants se généralise. Le revêtement de bardeaux de cèdre est le plus répandu bien que déjà la tôle à la canadienne lui fasse concurrence; la tôle à baguette ne fait son apparition que vers 1865. Les charpentes de toit se simplifient à compter des années 1840 et comptent désormais un nombre limité de pièces.

Intégrées au carré de maison, les imposantes cheminées sont assises sur le faîte du toit. D’ordinaire les habitations comportent deux cheminées doubles bien que souvent celles-ci soient menteuses, ne comportant qu’un seul conduit de chicane. Les têtes de cheminées, hautes d’environ quatre pieds, sont généralement en pierre de taille avec couronnement.

Les ouvertures se font de plus en plus nombreuses, leur nombre atteignant, sinon dépassant, la vingtaine. Le principe de symétrie est de rigueur; le plus souvent en nombre impair, les longs pans comportent une porte aussi bien en façade qu’à l’arrière. Les murs pignons comptent généralement un nombre moindre d’ouvertures qui sont par ailleurs plus petites. La pratique des lucarnes est désormais généralisée et la lucarne - pignon est le modèle le plus répandu. La mode des petits carreaux persiste alors que le modèle à six ou à huit grands carreaux gagne progressivement en popularité. Les portes sont de plus en plus hautes et comportent souvent une imposte.

Jusqu’au milieu du 19e siècle, l’ornementation de la maison rurale de la région montréalaise se caractérise par sa grande simplicité. Puis l’ère néoclassique introduit la mode des chambranles en bois moulurés appliqués, des portails et des corniches ouvragées. La galerie - perron devient une constante; d’abord non couverte, celle-ci tire maintenant profit des larmiers débordants qui s’imposent au milieu du siècle.

Dans les maisons à un étage et demi, seul le rez-de-chaussée est aménagé en espace habitable. Deux cloisons, l’une transversale, l’autre longitudinale, découpent l’étage en quatre pièces; hormis la cuisine, les pièces sont multifonctionnelles. Un simple escalier de meunier permet l’accès aux combles qui servent d’espace de rangement.

Les planchers sont faits de larges planches de pin embouvetées à rainures et languettes. Les plafonds sont réalisés en planches étroites réunies sous tringles avec poutres apparentes. Crépi et enduit servent de finition intérieure pour les murs extérieurs et cloisons. Le papier peint manufacturé fait son apparition vers 1855 alors que le revêtement en planchette est légèrement plus tardif.

Plinthes, corniches et cimaises sont pratique courante tout au long du 19e siècle et du 20e siècle alors que les appuie-chaises perdent en popularité avec les années. Les embrasures de fenêtres sont évasées vers l’intérieur avec moulures en coin, cimaises et tablettes de pin. Les portes sont fabriquées de 4 ou 6 panneaux embrevés avec moulures appliquées alors que le cadrage des ouvertures se compose de planches finement moulurées.

Les foyers sont en pierres crépies au mortier mais très souvent linteau et jambage sont réalisés en pierre de taille. Les manteaux en bois très ouvragés font leur apparition au milieu du 19e siècle. Les armoires encastrées dans la muraille sont toujours courantes, particulièrement à proximité de l’âtre.

En regard de ces principales caractéristiques, la Maison Antoine-Lacombe est dans l’ensemble représentative de la maison rurale de la région montréalaise datant du milieu du 19e siècle. Reprenons maintenant chacune de ces caractéristiques et voyons comment la Maison Antoine-Lacombe se conforme ou déroge à la pratique courante de l’époque.

Au niveau des fondations, la Maison Antoine-Lacombe suit la tendance courante en termes de dimensions, épaisseur, enfouissement, dégagement et ouvertures. Le fait qu’on ait creusé la cave sur presque toute sa surface est relativement plus rare alors que la présence d’une entrée de cave extérieure constitue l’une des nouvelles pratiques de l’époque. À l’inverse, la présence d’un puits relève d’une pratique ancienne qui s’éteindra au cours des décennies suivantes.

Le traitement des murs de maçonnerie révèle un plus grand souci d’esthétique qu’il n’est alors d’usage. Alors qu’on se contente généralement d’appareiller de façon régulière uniquement les pierres de la façade, on a pris la peine ici de poser en assises relativement régulières les pierres des faces sud, est et nord. Toutefois, on a négligé de réaliser des chaînages d’angle et contrairement à l’usage, la muraille ne semble jamais avoir été crépie du temps des Lacombe.

Le toit est caractéristique de son époque : à deux versants, pente d’environ 45 degrés, larmiers débordants, revêtement en bardeaux. La simplicité de la charpente du toit est représentative d’un nouveau mode de construction développé à compter des années 1840.

Les deux cheminées de la Maison Antoine-Lacombe obéissent à l’usage tant par leur emplacement que par leur nature « double menteuse ».

Le nombre et l’emplacement des ouvertures sont conformes à la pratique courante; on remarque toutefois un nombre relativement élevé de fenêtres dans le mur pignon est. Le modèle des lucarnes (à pignon) est de loin le plus populaire de l’époque alors que le type de fenestration (à petits carreaux) en est à ses dernières années d’utilisation.

Le perron en pierres de la façade pose problème en ce sens qu’il a été refait dans les années 1960 sans qu’on ait l’assurance qu’il ait bien existé au moment de la construction. Courant au 18e siècle, le perron en pierres est progressivement supplanté au 19e siècle par la galerie - perron en bois. Aussi, cet élément serait soit d’un usage très tardif, soit un ajout gratuit lors de la restauration. La longue galerie - perron à l’arrière est, quant à elle, représentative de la seconde moitié du 19e siècle.

Au niveau de l’ornementation, la Maison Antoine-Lacombe présente toute la simplicité propre à l’époque : chambranles en bois moulurés, linteaux formés de pierres en éventail. Pour ce dernier détail, on remarquera que certaines ouvertures en sont dépourvues.

La configuration des espaces intérieurs de la Maison Antoine-Lacombe est, on ne peu plus, traditionnelle avec ses quatre pièces au rez-de-chaussée. Il faut cependant soustraire l’escalier à palier vers les combles qui n’est pas d’origine.

En termes de finition intérieure, la Maison Antoine-Lacombe, telle que rénovée, est fidèle à la production courante de l’époque : planchers en larges planches, plafonds de planches réunies sous tringles avec poutres apparentes, murs crépis, cloisons recouvertes d’enduits, plinthes, corniches, appuie-chaises, portes à panneaux, foyers avec linteau et jambage en pierres de taille, armoires encastrées dans la muraille.

Ainsi donc, à quelques détails près, la Maison Antoine-Lacombe peut être considérée comme typique de la maison rurale de la région montréalaise au milieu du 19e siècle et ce, tant au niveau de l’extérieur du bâtiment que de l’aménagement de l’intérieur.

En conclusion

Cette étude, nous l’espérons, aura étayé la preuve de l’intérêt indéniable de la Maison Antoine-Lacombe tant sur le plan ethno-historique que sur le plan architectural. Au-delà d’une reconnaissance juridique, il importe en effet qu’un bien culturel soit documenté afin de livrer le plus justement possible la part d’histoire dont il est détenteur.

Sur le plan historique, la Maison Antoine-Lacombe est particulièrement représentative de l’histoire rurale québécoise au milieu du 19e siècle; les conditions de vie difficiles, les faillites, les départs pour les États-Unis, voilà autant de réalités de la seconde moitié du 19e siècle dont témoigne l’histoire de la Maison Antoine-Lacombe. Avec l’installation d’immigrés pendant 1905 - 1915, c’est un aspect original de l’histoire locale qui nous est livré alors que l’épisode des Berenstein - Schwartzmann nous introduit aux premières manifestations de l’industrie touristique dans la région. Enfin, le règne de Joyal s’inscrit dans le mouvement du renouveau d’intérêt des années 1960 pour le patrimoine national.

Sur le plan architectural, la Maison Antoine-Lacombe constitue un témoignage intéressant de l’histoire de l’architecture québécoise en ce qu’elle est représentative de la maison rurale de la région montréalaise au milieu du 19e siècle. Le concept retenu pour la restauration a résulté en un bâtiment conforme à son aspect d’origine, à quelques détails près, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur.